C'est bizarre un plafond. C'est un peu comme le ciel. En plus bizarre. Un plafond est toujours neutre. En général blanc. Parfait. Sans aucun défaut majeur. C'est toujours lui qu'on regarde. Quand on s'ennuit. Quand on réfléchit. Quand on ne sait pas quoi faire. Quand on se repose. Quand on est heureux. Quand on est triste. Si ce n'est pas lui, alors c'est le ciel. Pourquoi toujours regarder en l'air ? Parce-qu'on a besoin de s'élever. De s'évader. Parce-que parfois, ce n'est pas toujours comme on le voudrait en bas. On se dit qu'en haut, c'est peut-être mieux. En haut, tout n'est pas rose. Non. Tout est blanc. Du moins, au plafond.
En ce moment même, elle comtemplait ce ciel artificiel. Elle avait besoin de réfléchir. De se reposer. Ulrich l'avait rappelé. Il ne pourrait plus la voir aujourd'hui. Tant mieux. Ou tant pis. Elle ne savait pas. Elle ne savait plus. Quand elle était revenue de son tour en ville, Andréas était partit. Il lui en voulait. Elle s'en voulait. Il s'en voulait. Il se sentait obligé de la préserver d'Ulrich. Il savait qu'elle souffrirait. Elle était seule. Elle attendait. Andrèas ne devrait pas tarder à revenir. Elle l'espèrait. Elle n'aimait pas être en froid avec lui.
Des bruits se firent entendre en bas. La sonnette de la maison. Elle n'avait pas envie de bouger. Elle attendit un moment. Les sonneries persistaient. Elle voulait être tranquille. Cependant, elle se résolut à aller ouvrir la porte. Elle n'espèrait qu'une seule chose : que ce ne soit pas Ulrich.
La porte étant en bois et ayant qu'une petite fenêtre floue placée en hauteur, elle ne pouvait distinguer de silhouettes. Ce serait donc une surprise. La personne à la porte semblait impatiente. A en croire le son que faisait la sonnette, elle avait laissé son doigt en appuit dessus. Elle posa sa main sur la poignée, toujours en priant pour que ce ne soit pas Ulrich. Elle donna un léger coup de pression dans sa main pour ouvrir la porte qui la séparait de la réalité.
- Andy ! entendit-elle avant de se retrouver avec une masse humaine sur excitée dans les bras.
Finalment, elle aurait préfèré voir Ulrich avachit sur la sonnette. Même après trois ans, elle avait parfaitement reconnut qui se trouvait devant elle. Comment oublier à vrai dire ? Elle avait tout fait pour, sans jamais y parvenir totalment. Elle était tellement surprise, qu'elle ne pouvait rien faire. Elle avait perdue l'usage de la parole. Elle n'avait plus aucun réflexe.
- Hum ... ce n'est pas Andréas, avait dit une autre voix que celle appartenant à la personne dans les bras de Jade.
- Qu ... quoi ? dit cette personne en s'écartant de Jade pour pouvoir la regarder correctement.
Ressemblait-elle tant que ça à son frère ? Au point qu'on la confonde avec lui ? Non. Jade ne le pensait pas. Seulement elle connaissait très bien cette personne. Quand elle a quelque chose en tête elle ne l'a pas ailleurs et se laisse souvent aveugler par sa joie et son excitation.
- Jade ? reprit-il. C'est bien toi ?
Trois ans. Voilà maintenant trois ans qu'elle ne les avait pas vu. A chaque fois qu'ils revenaient ici, elle faisait tout son possible pour les éviter. Pour l'éviter. Lui. Et là, alors qu'elle ne s'y attendait pas du tout, elle se retrouve nez à nez avec, tout ça parce-qu'elle a ouvert cette fichue porte.
Trois cents. La trotteuse de la grande horloge du salon avait fait trois cents fois son "tic" si significatif. Pendant ces trois cents fois, qui revenaient à quatre minutes, aucun d'eux n'avait ouvert la bouche. C'est long quatre minutes, très long. En tous les cas, quand l'ambiance est comme celle-ci, oui. Chacun devait être encore sous le choc. Sous le choc de ces retrouvailles non souhaitées. Sous le choc de ces retrouvailles trop brutales. Du moins, c'est ce que pensaient deux d'entre eux. Le troisième devait surtout être gêné du malaise qui regnait dans la pièce. C'est sûrement pourquoi il se décida à prendre la parole.
- T'as tellement changé, dit-il à l'adresse de Jade. Si je t'avais croisé dans la rue je ne sais pas si je t'aurais reconnu.
- Pas vous, répondit-elle en souriant. Toujours les même. Elle hésita un petit moment puis reprit. A part peut-être ta coiffure. C'est plus long maintenant.
Il lui sourit à cette dernière phrase. C'est vai qu'elle avait changé. Elle avait grandit. Elle avait mûrit. Pendant trois ans, ils l'avaient laissé seule avec son frère. Leur meilleur ami. Ils leur avaient tant manqué. Ils s'en voulait tous un peu. Chacun d'eux quatre ressentait cette culpabilité au fond de lui. Mais c'était la chance de leur vie. Ils l'avait saisie tous les quatre. Il se rappelait la première fois qu'ils avaient vu Jade. Ils étaient un peu dans la même situation qu'en ce moment.
Ils étaient trois. Trois petits gambins de quatre ans. Ils se connaissaient depuis trois jours. Et ils étaient là, tous les trois. Ils jouaient. Ils jouaient dans leur repère secret. Leur coin de paradis. Ils étaient heureux. Personne ne les dérangeait. Ils étaient libre de faire ce que bon leur semblait. Et à cet instant même, il leur semblait bon de lancer des petits cailloux dans les jardins d'à côté. Dans le jardin d'un des trois petits gambins. Ils lançaient des cailloux depuis un moment, quand ils entendirent des pleurs. Un d'eux se leva en lançant un regard noir à un de ses deux nouveaux amis. Il passa sa tête par la petite fenêtre de leur petite cabanne et chercha d'où provenaient ces pleurs.
- Tom ! T'as fais bobo à ma soeur ! s'exclama-t-il.
Le dénommé Tom baissa la tête d'un air désolé. Son frère le regardait d'un air réprobateur. Son nouvel ami aussi.
- C'est pas ma faute, Andréas.
Il se leva et alla rejoindre son ami près de la fenêtre. Son frère le suivit aussi. Elle était là. Toute petite et fragile. Elle pleurait. Elle semblait si frêle. En la voyant dans cet état, on avait juste envie de la prendre dans ses bras pour qu'elle cesse ses larmes. L'envie était trop grande. Il descendit de leur refuge et se dirigea vers la petite fille, assise de l'autre côté du grillage où ils avaient fait un trou pour pouvoir passer.
Arrivé à sa hauteur, il s'assit à ses côtés et passa un bras réconfortant autour des épaules de sa petite protégée.
- Je m'appelle Bill, dit-il doucement.
Elle pleurait toujours, la tête levée vers le ciel. Elle baissa légèrement sa tête pour voir qui lui parlait. Son regard s'assombrit un peu.
- C'est toi qui m'a fais mal, pleura-t-elle.
- Non, répondit-il dans un petit sourire. C'est pas moi c'est mon frère, Tom. Il voulait pas te faire mal tu sais.
Ils s'étaient regardés et s'étaient souris. Leur amitié avait commencé ici.
- Au fait, où est ton frère ? demanda le brun.
- Je sais pas, dit-elle en baissant la tête.
Elle ne savait pas, non. Elle voulait seulment qu'il rentre. Qu'il rentre pour les sortir de cette ambiance pesante qui s'était incrustée dans la pièce, même avec tous les efforts de Bill pour la chasser. Elle voulait qu'il rentre pour le voir sourire. Elle voulait le prendre dans ses bras. Elle ne voulait pas le perdre.